samedi 12 mai 2012

Je vous ai déjà parlé d'Emile ?


Je (Snip') suis dans une nouvelle ville depuis deux mois, j'ai été me promener et je suis repassé dans un endroit que j'ai connu il y a bien longtemps. C'est amusant de revoir son quartier une fois adulte, ce qui a changé, les noms de rues, les immeubles, les têtes. Ce qui ne change pas ce sont les scènes, ces fillettes qui jouent à la corde à sauter. Ces hommes qui réparent une voiture sur le parking. Cette voiture de Police qui fait sa ronde, les regards de deux populations qui ne se comprennent pas vraiment. Ce garçon qui fonce sur son vélo ou cet autre garçon qui est assis sur un banc qui regardait les nuages pendant dix minutes. Ce garçon aux nuages m'a fait penser à Emile, je vous ai jamais parlé de lui je crois.

Emile, un petit bonhomme que j'ai connu, pour cette histoire il avait huit ou neuf ans et rentrait de l'école. 
Essoufflé après avoir monté les escaliers, à cause de l'ascenseur constamment en panne, Emile rentre chez lui, pose son cartable, retire manteau et chaussures. Personne pour lui dire bonjour, c'est le premier arrivé, c'est la première fois. Dans le salon pas de Maman, pas de goûter sur la table, à la place la photo d'un bébé qu'il ne connait pas et un post-it collé dessus "Je vous aime tous. Pardon".

Emile va jouer, personne n'est là il fait rebondir une superballe en caoutchouc partout sur les murs, les portes, ça fait du bruit, beaucoup et ça l'amuse, personne pour lui dire d'arrêter à cause des voisins. La balle entre dans la chambre des parents, il va la chercher et voit Mum' allongée dans son lit.
        - Mum' ? Mum' ? Tu dors ?

Il fait le tour dur lit pour la voir et marche sur des bonbons. Il parle à sa mère, il veut qu'elle se réveille, il a faim il voudrait son goûter. Elle ne se réveille pas, ne veut pas lui parler, Emile s'énerve et tape du pied au sol et c'est là qu'il remarque que les bonbons n'en étaient pas.

Le sol est recouvert de boites, de plaquettes vides. Un jour, son Papa lui a dit "Si un jour ça va pas, que tu sais pas quoi faire, tu prends un téléphone et tu fais le numéro de mon travail". Son Papa est pompier, on est au début des années 80, les numéros de téléphone n'ont que sept chiffres. Ce numéro Emile savait pas pourquoi mais c'était devenu une sorte de chanson à la maison, on disait toujours "On fait le trois trois trois huit quatre neuf rond, on prend le téléphone et on fait le 3338490".

Après avoir sonné il entend la voix de son Papa, il lui raconte, son père lui dit qu'il va faire venir les pompiers, avec les camions rouges et la sirène qu'il faut pas avoir peur. Il lui dit aussi qu'il va lui donner quelqu'un au téléphone et il devra répondre à toutes ses questions. C'est comme ça qu'Emile a passé dix minutes avec son premier médecin régulateur, à faire le compte de ce qu'il y avait au sol, estimer le nombre de comprimés avalés avant que Mum' se mette au lit en pleurant.

Ça a sonne à la porte, puis ça a été très vite, beaucoup de copains de Papa étaient là, un monsieur avec un gros casque avait un talkie en main et lui a fait parler à Papa. Tout le monde est parti à l'hôpital...

Lavage d'estomac, charbon actif, entrevue avec le psy...
Un docteur qui est venu tapoter la tête d'Emile en lui disant "Tu sais que tu es un grand toi ? T'es plus un enfant hein".
Il croyait pas si bien dire.
Première TS familiale, il y en aura d'autres, beaucoup d'autres des plus dures, des plus violentes. Mais celle là c'était la première et quelque part elle a fait grandir un enfant bien trop vite.

Le bébé sur la photo, Emile apprendra que c'est son grand frère, un enfant mort bien trop tôt et c'est ce qui rend Mum' triste si souvent, surtout en janvier à la date où on devrait fêter ça avec un gâteau et des bougies. Emile est le plus grand de la famille, ça ne devrait pas être le cas. Emile apprend aussi qu'il porte le prénom qu'avait aussi ce frère. Ça doit pas être facile pour une maman, d'appeler tous les jours son fils et penser à l'aîné qui n'est plus là.

C'était une histoire d'Emile, malheureusement il y en a des dizaines, des centaines, je ne sais pas si je parlerais de nouveau de lui ou pas. Je ne sais pas pourquoi aujourd'hui contrairement à toutes les fois où j'écris à son sujet j'ai décidé de ne pas effacer le message à la fin, mais d'appuyer sur [Publier]

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